MIKA

7 janvier 2014 - 17:00

 

Entretien de Michael GUIGOU sur le site http://www.experts-handball.com

 

L’Entretien du Lundi - Michaël Guigou : «Le danger peut venir de partout»


 

Papa depuis l’été, en pleine possession de ses moyens, l’ailier montpelliérain aborde l’Euro avec une fraîcheur détonante, un enthousiasme contagieux. Bientôt membre du club très fermé des joueurs à 200 sélections, il est de ceux dont la maturité transpire sur une équipe de France déterminée à mener grand train au Danemark. Il sait la mission compliquée. Mais il sait aussi qu’avec ce groupe, rien n’est jamais impossible…

 

-"Michaël, Savez-vous combien il y a de pères de famille en équipe de France ?

Tout dépend si l’on compte Fernan (Jérôme Fernandez) et Titi (Thierry Omeyer)… Il doit y en avoir sept, non ?

- C’est ça… Tous les parents le savent bien, un enfant modifie forcément les équilibres familiaux. Est-ce plus délicat encore lorsque l’un d’eux est sportif de haut niveau ?
Un enfant transforme la vie, qui plus est chez le sportif dont la récupération est partie intégrante de son métier. Ma femme me dit souvent : tu es payé à faire la sieste. C’est quelque peu exagéré, mais l’hygiène de vie est effectivement primordiale. Au delà de ça, tu te sens intouchable parce que d’autres paramètres entrent en jeu, la joie, l’énergie que tu dégages et qui compense, sans doute inconsciemment, les petites baisses de forme. Mais je me souviens de la naissance de ma fille, au mois d’août, en pleine préparation de la saison, avec des nuits d’à peine trois heures…

-Vous avez quitté votre foyer jeudi, vous ne serez pas de retour, on l’espère en tout cas, avant le 27 janvier, ça fait une première et longue coupure…
J’essaie de ne pas trop y penser… Je préfèrerais être à la maison, bien sûr, mais il faut tout bien considérer. J’ai une vie de privilégié, je ne l’oublie jamais, et si je suis un peu triste de partir, je mesure tout le bonheur que l’on a à porter ce maillot de l’équipe de France. On n’a pas toujours tout ce que l’on veut dans la vie, et j’accepte volontiers cette idée de m’éloigner un moment. Et puis, aujourd’hui, il y a des tas de moyens de rester en contact, Skype, FaceTime… Sans compter qu’après l’éloignement, le moment des retrouvailles sera d’autant plus intense…

-A propos de retrouvailles, le plaisir de se réunir au lendemain des fêtes est-il toujours aussi intense ?
C’est très particulier. La compétition est tellement proche de la période des fêtes, que le staff a fait le choix de nous emmener en stage entre Noël et le 1er de l’an. Au final, on n’a eu que cinq jours de vacances depuis la reprise de la saison, aucune coupure véritable, et c’est un peu compliqué à gérer, même si c’est une des composantes du boulot, d’un handball qui évolue sans cesse. Pour vous donner un exemple, j’avais l’habitude de prendre ma date anniversaire, le 28 janvier, comme point de repère. Il y a six ou sept ans, elle tombait après le premier ou le deuxième match. Aujourd’hui, on ne le fêtera même pas pendant la compétition.

-On imagine néanmoins que c’est un moment privilégié, un moment d’échanges avec les nouveaux, indispensable à la cohésion d’équipe…
C’est surtout un moment de transition entre la grosse période club et la compétition internationale. Le moment de reprendre ses marques, retrouver les affinités. On remet par exemple la défense en place, on ajuste.  Ce stage est bien pour ça. Il n’y a pas vraiment de stress, juste du plaisir à partager. J’aime, par exemple, reprendre mes habitudes de vie avec Luc (Abalo), échanger sur tout un tas de sujets.

-Vous souvenez-vous de votre premier rassemblement, en amont des JO d’Athènes ?
Les JO étaient ma première compétition, mais j’avais déjà fait des stages auparavant, celui de 2003 par exemple. J’ai l’impression que c’était plus dur avant. Je vous parle du groupe des champions 2001 qui était assez fermé. Il y avait un gros noyau dur, et c’était plus compliqué de s’intégrer. J’ai pourtant en mémoire une excellente semaine de travail à Megève, avec des plages de loisir importantes, une grosse préparation aussi.

"J'AI 31 ANS. J'AI DE TRES BONNES SENSATIONS SUR LE TERRAIN ET HATE D'EN DECOUDRE"

-Vous êtes désormais l’un des plus anciens de cette équipe de France, mais on jurerait que vous avez le même enthousiasme qu’à vos débuts…
Je suis régulièrement sur le podium des anciens, oui, mais à trente et un ans, ça veut dire que l’équipe de France est jeune non ? Enthousiaste ? Oui, carrément. Je suis à fond. Ultramotivé. J’ai de très bonnes sensations sur le terrain, et j’ai hâte d’en découdre.

Vous êtes-vous fixé une échéance, peut-être les JO de Rio, ou bien vous laisserez-vous guider par vos sensations ?
J’ai surtout pour horizon le Mondial 2017 en France. J’avais été spectateur, dans les tribunes de Bercy, de celui de 2001, et j’ai très envie de vivre ce type d’émotions. A Rio, j’aurai trente-quatre ans, le Mondial arrivera quelques mois plus tard… Je ne me projette pas, j’y pense seulement.

Vous êtes de ceux qui ont tout gagné depuis 2006. De la même manière que l’équipe de France avait su se reconstruire après la 11e place de l’Euro en Serbie, pensez-vous qu’elle saura trouver les ressources pour faire mieux que le quart de finale du dernier Mondial en Espagne ?
Mieux ? Je pense que nous sommes en train de nous préparer à faire mieux. Mais il n’y a pas que nous, les adversaires se préparent aussi. On a vu à Bercy, face au Danemark, que si nous sommes parfaitement capables de rivaliser puisque nous avons eu la possibilité de l’emporter, nous avons un petit peu plus de mal à faire la différence quand il le faut. On commet alors une petite erreur en attaque, une autre en défense, ce que nous ne faisions pas ces dernières années. C’est pourquoi je me dis qu’avec la Russie, la Serbie et la Pologne au menu du premier tour, tout peut arriver. Tout, ça veut même dire rentrer chez nous à l’issue de ce premier tour, ou même aller au bout et battre le Danemark. Tout est possible à condition, bien sûr, que notre équipe prenne de la maturité très vite.

Les forces de l’équipe de France sont-elles toujours les mêmes ou bien ont-elles évolué ?
Non, elles ont évolué. On a perdu Didier (Dinart) et Bertrand (Gille), deux piliers essentiels de notre défense. Il faut se remémorer la performance de Didier lors des Jeux de Londres, pour bien comprendre que les choses ont changé. Quand il fallait fermer la baraque, Didier et Bertrand n’étaient jamais les derniers… Sans parler de la pression qu’ils étaient capables d’imposer à l’adversaire, de l’accent psychologique qu’ils pouvaient mettre sur une rencontre.

"L'EURO, JE NE DIS PAS QUE J'AI PEUR, MAIS QU'IL NOUS FAUT FAIRE ATTENTION"

-Le Danemark, à domicile, figure comme l’un des grands favoris de cet Euro. Quels sont ses rivaux les plus sérieux ?
L’Espagne, forcément, la Croatie, comme d’habitude. C’est en fait toujours un peu les mêmes. J’y reviens, mais les quatre équipes de notre groupe peuvent finir sur le podium ! Après, il y a toujours des équipes surprises, comme la Slovénie l’an passé, ou l’Allemagne qui nous avait battus, mais qui ne seront pas à ce Championnat d’Europe. Le danger peut venir de partout, surtout avec ces équipes toujours très fraîches en début de tournoi et qui s’essoufflent un peu par la suite. Entre nous, on n’a même pas évoqué le second tour, c’est vous dire si l’on est concentrés sur ce qui nous attend au démarrage. Un Championnat d’Europe est toujours très compliqué. Je ne dis pas que j’ai peur, je dis juste qu’il faut faire attention.

Le regard des autres est-il teinté du même respect qu’à l’été 2012 ? L’équipe de France inspire-t-elle toujours la crainte ?
Moins, je pense. Nos résultats doivent en rassurer certains… Il fut un temps où on n’aurait pas été bousculé une mi-temps par le Qatar… Mais nos adversaires savent aussi que l’équipe de France peut redevenir à tout moment telle qu’elle était il n’y a pas si longtemps… Dès qu’ils verront cette équipe-là réapparaître, ils n’auront alors plus la même assurance… Ils savent bien que le sept majeur en attaque n’a pas trop bougé, qu’il y a une forte concentration de talents. Ce qu’ils doivent savoir, aussi, c’est que si l’on a mis l’an passé un genou à terre contre la Croatie, on peut se relever à tout moment. En Espagne, on n’avait sans doute plus la même énergie, la même rage que celles que l’on avait mises dans la quête du titre olympique. Je sens que l’on a à nouveau la rage.

Depuis toujours, vous incarnez une certaine image d’un handball dans lequel le spectacle, le culot ont une place à part. Avez-vous du faire des concessions dans votre jeu avec l’arrivée de joueurs aux capacités physiques sans cesse plus impressionnantes ?
Je n’ai pas l’impression que le handball ait tant évolué que ça. On a réussi des choses à Bercy avec Luc sur la montée de balle, alors que le Danemark est un adversaire parmi les plus physiques… J’ai pris de l’âge, oui, mais je me sens toujours capable de dérouter.

-A Montpellier, il vous arrive de glisser sur le poste de meneur de jeu. Parfois aussi en équipe de France en fonction des circonstances. Qu’aimez-vous dans ce rôle ?
J’aime distribuer, jouer pour mes coéquipiers, les mettre sur orbite. Monter la balle, dribbler, créer. J’essaie aussi depuis l’aile, même s’il y a moins de ballons. Je connais mes limites sur ce poste-là au plus haut niveau. Mais je peux apporter cinq, dix minutes pour faire souffler, provoquer…

-Montpellier qui, après des mois compliqués, semble avoir retrouvé sa sérénité…
C’est un bien grand mot. Disons que l’on est rentré dans un ordre de marche plus correct. La défaite à Saint-Raphael montre que notre équipe est encore jeune, que si elle regorge de talents, elle a encore des manques. D’ailleurs, le match contre le Danemark me rappelle étrangement celui de Saint-Raphaël où nous n’avons pas été capables de tuer le match quand nous en avions l’occasion, de stopper, surtout, la dernière action…

"DANS DIX ANS ? JE NE SAIS PAS... AVEC MOINS DE CHEVEUX SANS DOUTE !"

-Vous êtes l’un des rares joueurs du top niveau mondial à être demeuré fidèle à un même club. N’avez-vous jamais été tenté par une aventure à l’étranger ?
Bien sûr que j’aurais aimé avoir une carrière à Kiel, à Barcelone ou à Ciudad Real à l’époque où le club espagnol m’avait sollicité et évoluait au plus haut niveau. Mais je ne regrette rien. Je suis très heureux d’être resté à Montpellier pour des raisons sportives et, bien sûr, extra-sportives. Une carrière dure à peu près quinze ans, il y a des choix à faire par moment, et ils ne sont pas évidents. Mais quand je regarde les carrières des uns et des autres, je me dis que les miens ont un bon fondement.

-Avez-vous pris des résolutions à l’aube de cette année 2014 ?
Non. Je vais continuer à prendre soin de mes proches. Comme j’essaie de le faire chaque jour.

-Comment vous imaginez-vous dans dix ans ?
Je ne sais pas. Avec moins de cheveux sans doute… Franchement, je n’en sais rien. Je ne sais pas si j’aurais envie d’entraîner. Peut-être former des jeunes plutôt que continuer dans le haut niveau. Je vais faire un bilan de compétences, ça m’ouvrira sans doute d’autres horizons. Ce que je sais, c’est que je peux très bien passer à autre chose. Je me vois à la fois pompier et intervenant à la SPA, je veux dire par là que j’ai ces deux côtés-là dans ma personnalité, et que j’aimerais rebondir sur une activité qui me permette d’être utile à mon prochain. Cette réflexion était très forte lorsque ma condition physique me faisait m’interroger sur mon avenir. Mais aujourd’hui, je me sens tellement bien, que je prends un peu plus de temps pour me projeter…

 

 

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